
Plus de 40 membres démocrates des chambres basse et haute du Congrès américain ont adressé, le 29 mars, une lettre conjointe demandant au président de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), Mike Selig, et au Bureau de l’éthique du gouvernement américain (OGE) de publier des avis d’orientation couvrant l’ensemble de l’exécutif, afin de préciser que les employés fédéraux doivent éviter d’utiliser des informations liées à leurs fonctions pour effectuer des transactions sur des marchés de prédiction. La lettre recense plusieurs cas suspects de schémas de paris anormaux, notamment une guerre entre l’Iran.
(Source : Sénat américain)
L’élément clé de cette lettre est que les parlementaires ne demandent pas d’adopter de nouvelles règles, mais appellent à l’application concrète d’un cadre juridique existant. Les lois américaines sur les produits dérivés interdisent clairement aux responsables du gouvernement d’effectuer des transactions en utilisant des informations non publiques obtenues dans le cadre de leur travail ; cette interdiction ne change pas selon la forme de la plateforme de trading.
Depuis que la CFTC a officiellement reconnu que les contrats de sociétés de marchés de prédiction telles que Polymarket et Kalshi relèvent de produits dérivés réglementés, cette interdiction s’applique automatiquement, sur le plan logique du droit, à ce type de plateformes. Les membres démocrates les plus expérimentés des commissions agricoles des deux chambres sont des législateurs clés qui supervisent directement la CFTC, et cette démarche conjointe exerce, au niveau politique, une pression substantielle.
Dans la lettre, il est demandé à la CFTC et à l’OGE de publier des orientations officielles, « afin de rappeler aux employés fédéraux leurs obligations juridiques existantes et d’éviter de tirer profit de transactions sur des marchés de prédiction grâce à leurs informations gouvernementales internes ».
La lettre recense plusieurs cas suspects présentant des schémas de paris anormaux apparus sur des marchés de prédiction. Des analystes du secteur estiment que ces modèles indiquent que les personnes concernées auraient eu, à l’avance, connaissance d’informations non publiques sur des actions gouvernementales :
Contrat sur une action militaire entre le Venezuela et l’Iran : avant l’annonce des frappes militaires concernées, le volume de transactions d’un contrat donné a explosé de manière anormale ; l’écart de tarification suggère qu’il pourrait y avoir eu une connaissance préalable
Contrat sur la durée de discours du secrétaire de presse de Trump : concernant les résultats de paris portant sur la durée de discours d’un intervenant spécifique, des initiés auraient apparemment verrouillé ces paris à l’avance
Contrat de mise à pied de l’ancien secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem (Kristi Noem) : avant la publication de la nouvelle de la mise à pied, le prix des contrats correspondants présentait des anomalies, laissant entendre qu’il pourrait y avoir eu un avantage informationnel
Le point commun de ces cas est le suivant : les résultats dépendent fortement de décisions gouvernementales non publiques, ils présentent des conditions typiques d’échange avec asymétrie d’information et créent un écart manifeste par rapport aux résultats de marché motivés par des informations publiques.
Dans un contexte réglementaire plus large, la CFTC dirigée par Selig est actuellement en train d’élaborer activement un nouveau cadre de politique pour les marchés de prédiction. Parallèlement, de nombreux députés démocrates signataires de la lettre conjointe font aussi avancer, à la même période, le « Digital Assets Market Transparency Act » (projet de loi CLARITY) — à ce stade, le texte est bloqué au Sénat.
À noter : le même jour que cette lettre, une information a circulé selon laquelle des procureurs fédéraux auraient déjà pris l’initiative de contacter plusieurs sociétés de marchés de prédiction afin d’évaluer, dans des circonstances données, la question de savoir si cela pourrait donner lieu à une affaire de transactions sur informations privilégiées. Cela signifie que ce sujet ne se limite plus à une simple initiative législative : il entre simultanément dans une procédure d’évaluation judiciaire, et la pression réglementaire sur des plateformes comme Kalshi et Polymarket s’intensifie en parallèle sur plusieurs dimensions.
La CFTC a officiellement reconnu que les contrats d’événement des plateformes comme Polymarket et Kalshi sont des produits dérivés réglementés. En vertu du droit américain sur les produits dérivés, si des responsables du gouvernement utilisent des informations non publiques obtenues dans le cadre de leurs fonctions pour acheter ou vendre de tels contrats, cela pourrait constituer une transaction sur informations privilégiées ; la nature juridique est la même que celle qui consiste à acheter ou vendre des actions en utilisant des informations privilégiées dans le cadre du marché boursier.
Les commissions agricoles des deux chambres constituent l’institution législative centrale du Congrès américain qui supervise directement la CFTC. Les membres de ces commissions ont une influence importante sur le budget, l’orientation des politiques et la nomination des dirigeants de la CFTC. Le fait que cette démarche soit menée par des membres démocrates chevronnés de ces commissions donne à la lettre un poids politique bien supérieur à celui d’une simple lettre conjointe entre parlementaires ordinaires : la CFTC est donc contrainte de répondre sérieusement.
Plusieurs parlementaires impliqués dans cette lettre conjointe sont également des acteurs importants du projet de loi CLARITY, dont l’objectif est d’établir un cadre global de réglementation des actifs numériques. La controverse sur les transactions sur informations privilégiées sur des marchés de prédiction fait se croiser les compétences de la CFTC, les obligations de conformité des plateformes crypto et la responsabilité éthique des responsables du gouvernement, rendant encore plus complexe la discussion législative sur l’ensemble du paysage de la réglementation des actifs numériques.