La migration de l'industrie lourde alimentée par l'énergie verte : comment le sud-ouest est-il devenu le nouveau centre de l'industrie de l'électrolyse

Au cours des dix dernières années, la Chine a joué une partie d’échecs majeure : déplacer la sidérurgie à forte consommation d’énergie du nord, riche en charbon, vers le sud-ouest, riche en hydropower. En quelques années seulement, environ 13 millions de tonnes de capacité d’aluminium électrolytique ont été transférées collectivement de Shandong, Henan, Xinjiang vers Yunnan, Sichuan. Derrière cette migration industrielle de plusieurs dizaines de millions de tonnes se cachent des considérations de coûts, d’environnement et de stratégie.

La nécessité de la transition du charbon à l’énergie verte

La production d’aluminium électrolytique est une industrie typiquement énergivore. Il faut environ 13 500 kWh pour produire une tonne d’aluminium électrolytique, ce qui équivaut à la consommation électrique de cinq à six ans pour une famille de trois personnes. Traditionnellement, l’industrie chinoise de l’aluminium s’appuyait sur de grands producteurs comme Weiqiao dans le Shandong ou Shenhuo au Xinjiang, construisant leurs propres centrales électriques et dominant le marché mondial grâce à l’électricité bon marché du charbon.

Mais ce modèle touche à ses limites. La double pression de la révolution de l’énergie verte et des contraintes carbone est le principal moteur. Le mécanisme de ajustement carbone aux frontières de l’UE (CBAM) est désormais en vigueur, et la Chine a clairement fixé ses objectifs « double carbone » : atteindre le pic de carbone en 2030 et la neutralité carbone en 2060. Cela signifie que les produits à forte empreinte carbone seront menacés d’exclusion du marché.

Les données illustrent bien le problème : l’aluminium électrolytique produit à partir de charbon émet 12,61 tonnes de CO2 par tonne, contre seulement 1,57 tonne lorsqu’il est produit à partir d’hydropower dans le sud-ouest, soit près de huit fois moins. Sous la double contrainte de la taxe carbone de l’UE et des politiques nationales de double carbone, la filière traditionnelle basée sur le charbon n’a plus de place.

Avantages combinés de coûts et d’environnement

L’hydropower du sud-ouest est non seulement plus écologique, mais aussi nettement plus économique. À Shandong, le coût électrique pour une tonne d’aluminium est de 5400 à 5700 RMB, tandis qu’à Yunnan, grâce à l’électricité hydraulique en direct, il peut descendre à 4300-4700 RMB. Cela permet d’économiser près de 2000 RMB par tonne d’aluminium.

Pour des entreprises produisant plusieurs millions de tonnes par an, cela représente des marges bénéficiaires de plusieurs centaines de millions de RMB. Plus important encore, cet avantage de coût n’est pas une simple opportunité à court terme, mais une différence structurelle fondamentale : le sud-ouest dispose de ressources hydrauliques abondantes et d’un approvisionnement stable à long terme. Autrefois, cette région « surproduisait » de l’électricité, gaspillant de l’eau, mais aujourd’hui, l’arrivée de l’industrie de l’aluminium électrolytique transforme cette « électricité gaspillée » en « or ».

Restructuration stratégique des leaders industriels

Cette « grande fuite verte » a attiré toutes les grandes entreprises de l’aluminium en Chine. Weiqiao, le plus grand groupe privé d’aluminium en Chine, a pris une décision stratégique radicale : déplacer plusieurs millions de tonnes de capacité vers Wenshan, Yunnan. D’ici 2025, la capacité annuelle de cette base atteindra près de 4 millions de tonnes, équivalant à la taille du marché nord-américain.

Shenhuo Xinjiang, Shenhuo Henan, China Aluminum Group ont également déployé de nouvelles capacités dans le sud-ouest. Quant à l’entreprise locale Yunnan Aluminum, elle a déjà achevé son intégration verticale hydropower-aluminium, s’appuyant sur les ressources hydrauliques du Lancang Jiang et du Jinsha Jiang, avec des coûts de production d’aluminium électrolytique parmi les plus bas du pays, et des émissions de carbone également parmi les plus faibles. D’ici 2025, plus de 87 % de la capacité d’aluminium hydropower de Yunnan Aluminum sera en service, bien au-dessus de la moyenne nationale, en faisant le leader incontesté du raffinage d’aluminium vert en Chine.

Construction d’une chaîne industrielle complète dans le sud-ouest

Ce transfert interne, coûtant plusieurs milliards de RMB et impliquant des dizaines de millions de tonnes de capacité, apporte de véritables bénéfices économiques au sud-ouest. En 2025, la valeur de l’industrie de l’aluminium vert dans cette région atteindra près de 2000 milliards de RMB. La capacité n’est pas seulement concentrée, toute la chaîne industrielle se déplace également : entreprises de carbone, anodes, logistique, transformation avancée, s’installent dans des zones comme Wenshan, Honghe, Qujing.

Le sud-ouest a désormais une chaîne industrielle complète. Que cela signifie-t-il ? Qu’il ne s’agit plus simplement d’un lieu de production de matières premières, mais d’un véritable centre industriel. La Chine exporte 6,134 millions de tonnes d’aluminium électrolytique, couvrant plus de 200 pays. Sans cette transition vers l’énergie verte, ces chiffres d’exportation auraient été gravement compromis par les droits de douane carbone.

Plus important encore, la Chine pousse à l’établissement d’une norme internationale pour l’aluminium « vert » certifié par énergie renouvelable, cherchant à dominer la scène mondiale. Il ne s’agit pas seulement de vendre des produits, mais aussi de fixer les règles — celui qui maîtrise la norme de la fusion verte aura le contrôle du marché futur.

Considérations stratégiques profondes au niveau national

La signification la plus profonde de cette migration de capacité réside dans la défense stratégique. L’aluminium électrolytique est une ressource stratégique nationale, essentielle pour l’aérospatiale, les véhicules électriques, le transport orbital, la défense. Si la capacité est déplacée vers l’Asie du Sud-Est, en cas de conflit géopolitique, la chaîne d’approvisionnement pourrait être rapidement rompue.

Grâce à cette « migration interne », la Chine a non seulement préservé une chaîne industrielle complète, mais aussi réalisé une montée en gamme technologique. C’est un avantage stratégique unique : la seule nation au monde disposant d’une chaîne intégrée complète « bauxite, alumine, aluminium électrolytique, alliages de haute qualité ». Les États-Unis, l’Europe, le Japon ne peuvent pas en faire autant.

La compétitivité industrielle chinoise repose sur cette chaîne complète. La transition verte de Yunnan constitue l’un de ses maillons les plus solides — elle permet de réduire les coûts, d’améliorer l’environnement, tout en renforçant l’autonomie stratégique. La migration de 13 millions de tonnes de capacité n’est pas un simple déplacement géographique, mais une évolution systémique de l’industrie lourde chinoise.

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