En 2025, l’histoire des cryptomonnaies n’est plus une simple narration de hausses et baisses de prix, mais une refonte globale impliquant politiques nationales, régulation financière, mises à niveau technologiques et lutte contre la criminalité. Après que le Bitcoin ait atteint un sommet historique de 126 000 dollars en octobre, le marché n’a pas suivi la trajectoire haussière attendue, mais s’est plutôt ajusté vers 90 910 dollars en fin d’année. Ce « statu quo » cache des changements plus profonds : les cryptomonnaies évoluent, passant d’un produit spéculatif marginal à une infrastructure fondamentale incontournable dans le système financier mondial.
Ce changement ne résulte pas d’une avancée technologique ou d’un engouement retail, mais de l’entrée collective de joueurs de niveau national, banques traditionnelles, régulateurs et groupes criminels à grande échelle.
Politique de réserve nationale : des « produits interdits » aux « actifs stratégiques »
Le 6 mars, le président américain signe un ordre exécutif établissant une réserve stratégique de Bitcoin — une démarche apparemment bureaucratique, mais qui redéfinit la relation entre l’État et la cryptomonnaie. Cette réserve comprend environ 200 000 BTC saisis lors d’opérations policières contre Silk Road, ainsi que des quantités additionnelles à venir.
Ce chiffre, apparemment insignifiant — représentant environ 1 % de l’offre totale de Bitcoin — envoie un signal politique fort : le gouvernement ne considère plus ces actifs saisis comme des produits illicites à vendre, mais comme une composante de la richesse nationale.
La véritable puissance de cette politique réside dans son effet de démonstration. Une fois que les États-Unis ont affirmé que « le Bitcoin mérite d’être une réserve », d’autres pays et banques centrales peuvent se sentir protégés politiquement pour suivre l’exemple. Cela élimine aussi une source de pression de longue date sur le marché : le gouvernement ne vendra plus périodiquement ses BTC saisis, mais continuera à accumuler.
Reconnaissance officielle des stablecoins
En juillet, le Congrès américain adopte le « GÉNIEUS Act » (Guidance and Establishment of National Stablecoin Innovation Act), créant le premier cadre fédéral complet pour les stablecoins en dollars. La loi autorise les banques assurées par la FDIC à émettre des stablecoins via leurs filiales, tout en ouvrant une voie parallèle pour les entités non bancaires.
L’enjeu n’est pas tant technologique, mais d’identification : les stablecoins passent du statut de zone grise réglementaire à celui de produits financiers autorisés, soumis aux mêmes règles de dépôt, de capital et de prudence que les institutions financières traditionnelles.
Cela bouleverse la structure du marché. Les banques qui évitaient jusqu’ici ce secteur peuvent désormais lancer des produits selon des règles familières, tandis que les émetteurs non bancaires déjà présents doivent choisir entre demander une licence fédérale, avec une régulation plus stricte, ou risquer de perdre leur partenariat bancaire.
Parallèlement, la réglementation MiCA de l’UE entre en phase de déploiement complet, tandis que Hong Kong, le Royaume-Uni, l’Australie et d’autres juridictions mettent en place leurs propres cadres de régulation des actifs cryptographiques. Ces mesures, apparemment indépendantes, forment en réalité un réseau mondial de conformité — les petites bourses et plateformes doivent choisir entre « accepter la complexité de plusieurs licences » ou « quitter le marché principal ».
Ce contexte favorise la concentration du marché : seuls les acteurs disposant de capitaux importants et d’une forte capacité de conformité peuvent opérer dans plusieurs juridictions, les PME étant soit rachetées, soit relocalisées dans des « havres de régulation » plus souples.
Industrialisation des ETF et entrée des institutions
En 2025, les ETF Bitcoin spot ont enregistré 22 milliards de dollars de flux nets, tandis que ceux sur Ethereum ont attiré 6,2 milliards — ce n’est pas une demande marginale, mais une transformation systémique du mécanisme de distribution.
La SEC a adopté une norme d’inscription générale permettant aux bourses de lancer des ETF cryptographiques conformes sans demande spécifique. Les analystes prévoient plus de 100 nouveaux ETF et ETN liés aux cryptos en 2026, couvrant altcoins, stratégies de portefeuille, produits à revenu fixe et leviers.
L’ETF Bitcoin de BlackRock (IBIT), lancé il y a quelques mois, est déjà devenu l’un des plus grands au monde, attirant plusieurs centaines de milliards de dollars provenant de gestion de fortune, conseillers en investissement et fonds de date cible. La clé de cette évolution : Bitcoin et Ethereum ne sont plus des actifs marginaux, mais des composants standards dans la construction de portefeuilles modèles.
Une fois qu’un actif peut être découpé, emballé et intégré dans une allocation diversifiée sans obstacle réglementaire, il cesse d’être un « produit marginal spéculatif » pour devenir une infrastructure.
La montée en puissance des stablecoins et du marché monétaire on-chain
En 2025, la capitalisation des stablecoins dépasse 309 milliards de dollars, ce qui n’est plus une expérimentation DeFi, mais une véritable voie de règlement. Par ailleurs, la valeur combinée des obligations américaines tokenisées et des fonds monétaires sur la blockchain atteint environ 9 milliards de dollars, formant un écosystème complet de « cash et revenus fixes on-chain ».
Les données d’analyse montrent que le volume de transferts de stablecoins et d’actifs du monde réel est désormais comparable à celui de certains réseaux de cartes de crédit. En d’autres termes, la taille des transactions via stablecoins a atteint celle des infrastructures de paiement traditionnelles.
Cela soulève des questions que les régulateurs n’ont pas encore pleinement abordées : si les stablecoins traitent quotidiennement des flux de plusieurs centaines de milliards de dollars, en contournant les réseaux de paiement classiques, qui régulera ces flux ? La concentration des risques chez quelques émetteurs est-elle excessive ? Que se passe-t-il si l’un d’eux perd une relation bancaire ou fait face à une crise de liquidité ?
L’efficacité de ces outils, devenue critique, explique l’émergence de cadres réglementaires comme le GÉNIEUS Act ou MiCA — la nécessité de règles pour gérer cette croissance.
La concrétisation de la scalabilité d’Ethereum
En mai et décembre, Ethereum a lancé deux mises à niveau majeures : Pectra et Fusaka. La première intègre le consensus Electra et l’exécution Prague, améliorant l’abstraction des comptes et la mise en staking ; la seconde augmente la limite de gas, introduit PeerDAS pour l’échantillonnage de données, et étend la capacité des blobs.
Les analystes prévoient que les frais sur les layer-2 principaux pourraient chuter à 40 % de leur niveau actuel. Ce n’est pas une simple hypothèse, mais une amélioration concrète vérifiée par la mise à jour du code.
Ces deux upgrades transforment la vision longtemps discutée d’une scalabilité d’Ethereum en une réalité mesurable. Des rollups plus abordables et à plus grande capacité permettent à des applications de paiement, de trading ou de jeux de fonctionner dans l’écosystème Ethereum, plutôt que de migrer vers d’autres layer-1.
Par ailleurs, cela modifie la logique de répartition de la valeur : si la majorité de l’activité utilisateur migre vers le layer-2, les revenus de frais de base d’Ethereum diminueront, tandis que les tokens natifs des layer-2 et les validateurs en tireront davantage. Cette mise à niveau amorce une redistribution de la valeur, avec des changements dans la dynamique des tokens layer-2 et du MEV de la couche de base.
La professionnalisation des memecoins et la réaction sociale
En 2025, les memecoins sont passés d’un phénomène marginal à une machine industrielle. Sur une plateforme NFT unique, près de 9,4 millions de memecoins ont été créés par les utilisateurs, avec un total dépassant 14,7 millions depuis janvier 2024.
Les tokens de célébrités et de politique explosent, et la plateforme fait face à une action collective pour avoir été accusée d’avoir favorisé une « évolution de scam Ponzi » à grande échelle. Certains acteurs du secteur voient dans cette vague une transition du « phénomène amusant » à un « risque réputationnel et un trou noir de capital ».
Ce boom met en lumière la contradiction structurelle des cryptos : si une plateforme non autorisée veut modérer ses listings, elle trahit son principe décentralisé ; mais si elle laisse tout passer, elle s’expose à des risques juridiques et réglementaires.
Cela accélère aussi la mise en place de règles pour la surveillance des plateformes d’émission, la protection des utilisateurs et la « distribution équitable », influençant la différenciation entre projets sérieux et projets purement extractifs.
La menace de l’industrie criminelle transfrontalière
Les données de Chainalysis montrent qu’en 2025, des organisations de certains pays ont volé pour 2 milliards de dollars en cryptomonnaies, un record, avec un seul incident atteignant 1,5 milliard, représentant environ 60 % des cas de vol cryptographique rapportés cette année-là. Au total, ces groupes ont dérobé 6,75 milliards de dollars.
Par ailleurs, un écosystème de fraude basé sur des stablecoins, opérant principalement via Telegram, est devenu le plus grand marché noir illégal de l’histoire, impliquant des centaines de milliards de dollars dans des escroqueries du type « pump and dump ». Ces groupes criminels, opérant à l’échelle de multinationales du Fortune 500, disposent de centres de service client, de manuels de formation et de stacks technologiques optimisés pour le retrait de fonds.
Cette échelle pousse à des régulations plus strictes : KYC renforcé, surveillance on-chain, listes noires de portefeuilles, mesures de dé-risque bancaire. Elle donne aussi aux régulateurs davantage de motifs pour renforcer la surveillance des émetteurs de stablecoins, des mixers et des protocoles non autorisés — ce qui façonnera les frontières des infrastructures réglementaires de demain.
Introduction en bourse de Circle et relance du marché de financement des cryptos
En 2025, une société émettrice de stablecoin a levé environ 1 milliard de dollars lors de son IPO à la Bourse de New York, devenant la tête d’affiche de la vague de IPO cryptographiques. Des sociétés cryptographiques, bourses, mineurs et entreprises d’infrastructure cotent ou manifestent leur intention d’entrer en bourse, marquant une « seconde vague » de sociétés cryptographiques publiques après 2021.
L’enjeu principal de ces IPO n’est pas tant le montant levé, mais la transparence qu’elles imposent. Les sociétés cotées doivent divulguer leurs sources de revenus, leur concentration client, leur exposition réglementaire et leur consommation de cash — des détails que les entreprises privées peuvent souvent éviter. Une fois ces données publiques, régulateurs et concurrents peuvent analyser précisément la rentabilité des émetteurs de stablecoins, influençant les politiques de capital et la régulation bancaire de ces modèles.
La position actuelle de Bitcoin et la spécialisation du marché
La correction du quatrième trimestre (de 126 000 dollars à 90 910 dollars) reflète une transformation profonde de la structure du marché. La narration, les flux de capitaux et la politique monétaire accommodante ne suffisent plus à soutenir une hausse continue dans un contexte de liquidité faible, de positions surchargées et de perspectives macroéconomiques incertaines.
Les marchés dérivés, le trading de base et la gestion des risques institutionnels dominent désormais la trajectoire du prix du Bitcoin, plutôt que la simple dynamique de « hausse des prix » des petits investisseurs. Cela signifie que ni la demande ETF, ni la détention par des entreprises, ni la réserve stratégique nationale ne garantissent une hausse linéaire du prix. Le marché est entré dans une phase de haute spécialisation, orientée vers la couverture, l’effet de levier et l’arbitrage.
Les certitudes et défis de 2025
En résumé, cette année a confirmé que la cryptomonnaie est passée d’un marché retail à une infrastructure financière controversée. États et banques revendiquent désormais la propriété des niveaux clés : réserves stratégiques, émission de stablecoins, garde et délivrance de licences d’échange. Les règles dans les principales juridictions deviennent plus strictes, la concentration du marché s’accroît, et les barrières à l’entrée se renforcent.
Certaines choses sont désormais établies : Bitcoin est une réserve, non plus un produit illicite. Les stablecoins sont des produits autorisés, plus des orphelins réglementaires. La feuille de route d’Ethereum pour la scalabilité est devenue une réalité concrète, pas une promesse. Les ETF sont un mécanisme de distribution pour les institutions, pas une exception réglementaire.
Mais des questions plus difficiles restent sans réponse : lorsque la liquidité des stablecoins atteindra le niveau des réseaux de cartes de crédit, comment la régulation pourra-t-elle s’adapter ? Comment la valeur cryptographique sera-t-elle répartie entre la couche de base, les rollups, les custodians et les fournisseurs de services ? Si les plateformes non autorisées ne peuvent pas efficacement lutter contre la criminalité à l’échelle industrielle, peuvent-elles encore survivre sans dévier de leur raison d’être ?
Les réponses à ces questions détermineront la trajectoire du développement de la cryptomonnaie dans les cinq prochaines années — si elle suivra le chemin de l’Internet naissant, avec une ouverture initiale qui se centralise, ou si elle évoluera vers une forme plus complexe : une lutte entre États, banques et protocoles décentralisés pour la même liquidité, où flux de capitaux et utilisateurs se dirigeront vers ceux qui offrent le moins de résistance et la plus grande certitude légale.
Ce qui est certain, c’est qu’en 2025, la croyance selon laquelle la cryptomonnaie peut rester à la fois non réglementée, non autorisée et systématiquement importante est terminée. La seule question qui reste est : laquelle de ces trois conditions cédera en premier.
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2025年 de la cryptomonnaie qui redessine la carte financière : le tournant entre la périphérie et l'infrastructure
En 2025, l’histoire des cryptomonnaies n’est plus une simple narration de hausses et baisses de prix, mais une refonte globale impliquant politiques nationales, régulation financière, mises à niveau technologiques et lutte contre la criminalité. Après que le Bitcoin ait atteint un sommet historique de 126 000 dollars en octobre, le marché n’a pas suivi la trajectoire haussière attendue, mais s’est plutôt ajusté vers 90 910 dollars en fin d’année. Ce « statu quo » cache des changements plus profonds : les cryptomonnaies évoluent, passant d’un produit spéculatif marginal à une infrastructure fondamentale incontournable dans le système financier mondial.
Ce changement ne résulte pas d’une avancée technologique ou d’un engouement retail, mais de l’entrée collective de joueurs de niveau national, banques traditionnelles, régulateurs et groupes criminels à grande échelle.
Politique de réserve nationale : des « produits interdits » aux « actifs stratégiques »
Le 6 mars, le président américain signe un ordre exécutif établissant une réserve stratégique de Bitcoin — une démarche apparemment bureaucratique, mais qui redéfinit la relation entre l’État et la cryptomonnaie. Cette réserve comprend environ 200 000 BTC saisis lors d’opérations policières contre Silk Road, ainsi que des quantités additionnelles à venir.
Ce chiffre, apparemment insignifiant — représentant environ 1 % de l’offre totale de Bitcoin — envoie un signal politique fort : le gouvernement ne considère plus ces actifs saisis comme des produits illicites à vendre, mais comme une composante de la richesse nationale.
La véritable puissance de cette politique réside dans son effet de démonstration. Une fois que les États-Unis ont affirmé que « le Bitcoin mérite d’être une réserve », d’autres pays et banques centrales peuvent se sentir protégés politiquement pour suivre l’exemple. Cela élimine aussi une source de pression de longue date sur le marché : le gouvernement ne vendra plus périodiquement ses BTC saisis, mais continuera à accumuler.
Reconnaissance officielle des stablecoins
En juillet, le Congrès américain adopte le « GÉNIEUS Act » (Guidance and Establishment of National Stablecoin Innovation Act), créant le premier cadre fédéral complet pour les stablecoins en dollars. La loi autorise les banques assurées par la FDIC à émettre des stablecoins via leurs filiales, tout en ouvrant une voie parallèle pour les entités non bancaires.
L’enjeu n’est pas tant technologique, mais d’identification : les stablecoins passent du statut de zone grise réglementaire à celui de produits financiers autorisés, soumis aux mêmes règles de dépôt, de capital et de prudence que les institutions financières traditionnelles.
Cela bouleverse la structure du marché. Les banques qui évitaient jusqu’ici ce secteur peuvent désormais lancer des produits selon des règles familières, tandis que les émetteurs non bancaires déjà présents doivent choisir entre demander une licence fédérale, avec une régulation plus stricte, ou risquer de perdre leur partenariat bancaire.
Parallèlement, la réglementation MiCA de l’UE entre en phase de déploiement complet, tandis que Hong Kong, le Royaume-Uni, l’Australie et d’autres juridictions mettent en place leurs propres cadres de régulation des actifs cryptographiques. Ces mesures, apparemment indépendantes, forment en réalité un réseau mondial de conformité — les petites bourses et plateformes doivent choisir entre « accepter la complexité de plusieurs licences » ou « quitter le marché principal ».
Ce contexte favorise la concentration du marché : seuls les acteurs disposant de capitaux importants et d’une forte capacité de conformité peuvent opérer dans plusieurs juridictions, les PME étant soit rachetées, soit relocalisées dans des « havres de régulation » plus souples.
Industrialisation des ETF et entrée des institutions
En 2025, les ETF Bitcoin spot ont enregistré 22 milliards de dollars de flux nets, tandis que ceux sur Ethereum ont attiré 6,2 milliards — ce n’est pas une demande marginale, mais une transformation systémique du mécanisme de distribution.
La SEC a adopté une norme d’inscription générale permettant aux bourses de lancer des ETF cryptographiques conformes sans demande spécifique. Les analystes prévoient plus de 100 nouveaux ETF et ETN liés aux cryptos en 2026, couvrant altcoins, stratégies de portefeuille, produits à revenu fixe et leviers.
L’ETF Bitcoin de BlackRock (IBIT), lancé il y a quelques mois, est déjà devenu l’un des plus grands au monde, attirant plusieurs centaines de milliards de dollars provenant de gestion de fortune, conseillers en investissement et fonds de date cible. La clé de cette évolution : Bitcoin et Ethereum ne sont plus des actifs marginaux, mais des composants standards dans la construction de portefeuilles modèles.
Une fois qu’un actif peut être découpé, emballé et intégré dans une allocation diversifiée sans obstacle réglementaire, il cesse d’être un « produit marginal spéculatif » pour devenir une infrastructure.
La montée en puissance des stablecoins et du marché monétaire on-chain
En 2025, la capitalisation des stablecoins dépasse 309 milliards de dollars, ce qui n’est plus une expérimentation DeFi, mais une véritable voie de règlement. Par ailleurs, la valeur combinée des obligations américaines tokenisées et des fonds monétaires sur la blockchain atteint environ 9 milliards de dollars, formant un écosystème complet de « cash et revenus fixes on-chain ».
Les données d’analyse montrent que le volume de transferts de stablecoins et d’actifs du monde réel est désormais comparable à celui de certains réseaux de cartes de crédit. En d’autres termes, la taille des transactions via stablecoins a atteint celle des infrastructures de paiement traditionnelles.
Cela soulève des questions que les régulateurs n’ont pas encore pleinement abordées : si les stablecoins traitent quotidiennement des flux de plusieurs centaines de milliards de dollars, en contournant les réseaux de paiement classiques, qui régulera ces flux ? La concentration des risques chez quelques émetteurs est-elle excessive ? Que se passe-t-il si l’un d’eux perd une relation bancaire ou fait face à une crise de liquidité ?
L’efficacité de ces outils, devenue critique, explique l’émergence de cadres réglementaires comme le GÉNIEUS Act ou MiCA — la nécessité de règles pour gérer cette croissance.
La concrétisation de la scalabilité d’Ethereum
En mai et décembre, Ethereum a lancé deux mises à niveau majeures : Pectra et Fusaka. La première intègre le consensus Electra et l’exécution Prague, améliorant l’abstraction des comptes et la mise en staking ; la seconde augmente la limite de gas, introduit PeerDAS pour l’échantillonnage de données, et étend la capacité des blobs.
Les analystes prévoient que les frais sur les layer-2 principaux pourraient chuter à 40 % de leur niveau actuel. Ce n’est pas une simple hypothèse, mais une amélioration concrète vérifiée par la mise à jour du code.
Ces deux upgrades transforment la vision longtemps discutée d’une scalabilité d’Ethereum en une réalité mesurable. Des rollups plus abordables et à plus grande capacité permettent à des applications de paiement, de trading ou de jeux de fonctionner dans l’écosystème Ethereum, plutôt que de migrer vers d’autres layer-1.
Par ailleurs, cela modifie la logique de répartition de la valeur : si la majorité de l’activité utilisateur migre vers le layer-2, les revenus de frais de base d’Ethereum diminueront, tandis que les tokens natifs des layer-2 et les validateurs en tireront davantage. Cette mise à niveau amorce une redistribution de la valeur, avec des changements dans la dynamique des tokens layer-2 et du MEV de la couche de base.
La professionnalisation des memecoins et la réaction sociale
En 2025, les memecoins sont passés d’un phénomène marginal à une machine industrielle. Sur une plateforme NFT unique, près de 9,4 millions de memecoins ont été créés par les utilisateurs, avec un total dépassant 14,7 millions depuis janvier 2024.
Les tokens de célébrités et de politique explosent, et la plateforme fait face à une action collective pour avoir été accusée d’avoir favorisé une « évolution de scam Ponzi » à grande échelle. Certains acteurs du secteur voient dans cette vague une transition du « phénomène amusant » à un « risque réputationnel et un trou noir de capital ».
Ce boom met en lumière la contradiction structurelle des cryptos : si une plateforme non autorisée veut modérer ses listings, elle trahit son principe décentralisé ; mais si elle laisse tout passer, elle s’expose à des risques juridiques et réglementaires.
Cela accélère aussi la mise en place de règles pour la surveillance des plateformes d’émission, la protection des utilisateurs et la « distribution équitable », influençant la différenciation entre projets sérieux et projets purement extractifs.
La menace de l’industrie criminelle transfrontalière
Les données de Chainalysis montrent qu’en 2025, des organisations de certains pays ont volé pour 2 milliards de dollars en cryptomonnaies, un record, avec un seul incident atteignant 1,5 milliard, représentant environ 60 % des cas de vol cryptographique rapportés cette année-là. Au total, ces groupes ont dérobé 6,75 milliards de dollars.
Par ailleurs, un écosystème de fraude basé sur des stablecoins, opérant principalement via Telegram, est devenu le plus grand marché noir illégal de l’histoire, impliquant des centaines de milliards de dollars dans des escroqueries du type « pump and dump ». Ces groupes criminels, opérant à l’échelle de multinationales du Fortune 500, disposent de centres de service client, de manuels de formation et de stacks technologiques optimisés pour le retrait de fonds.
Cette échelle pousse à des régulations plus strictes : KYC renforcé, surveillance on-chain, listes noires de portefeuilles, mesures de dé-risque bancaire. Elle donne aussi aux régulateurs davantage de motifs pour renforcer la surveillance des émetteurs de stablecoins, des mixers et des protocoles non autorisés — ce qui façonnera les frontières des infrastructures réglementaires de demain.
Introduction en bourse de Circle et relance du marché de financement des cryptos
En 2025, une société émettrice de stablecoin a levé environ 1 milliard de dollars lors de son IPO à la Bourse de New York, devenant la tête d’affiche de la vague de IPO cryptographiques. Des sociétés cryptographiques, bourses, mineurs et entreprises d’infrastructure cotent ou manifestent leur intention d’entrer en bourse, marquant une « seconde vague » de sociétés cryptographiques publiques après 2021.
L’enjeu principal de ces IPO n’est pas tant le montant levé, mais la transparence qu’elles imposent. Les sociétés cotées doivent divulguer leurs sources de revenus, leur concentration client, leur exposition réglementaire et leur consommation de cash — des détails que les entreprises privées peuvent souvent éviter. Une fois ces données publiques, régulateurs et concurrents peuvent analyser précisément la rentabilité des émetteurs de stablecoins, influençant les politiques de capital et la régulation bancaire de ces modèles.
La position actuelle de Bitcoin et la spécialisation du marché
La correction du quatrième trimestre (de 126 000 dollars à 90 910 dollars) reflète une transformation profonde de la structure du marché. La narration, les flux de capitaux et la politique monétaire accommodante ne suffisent plus à soutenir une hausse continue dans un contexte de liquidité faible, de positions surchargées et de perspectives macroéconomiques incertaines.
Les marchés dérivés, le trading de base et la gestion des risques institutionnels dominent désormais la trajectoire du prix du Bitcoin, plutôt que la simple dynamique de « hausse des prix » des petits investisseurs. Cela signifie que ni la demande ETF, ni la détention par des entreprises, ni la réserve stratégique nationale ne garantissent une hausse linéaire du prix. Le marché est entré dans une phase de haute spécialisation, orientée vers la couverture, l’effet de levier et l’arbitrage.
Les certitudes et défis de 2025
En résumé, cette année a confirmé que la cryptomonnaie est passée d’un marché retail à une infrastructure financière controversée. États et banques revendiquent désormais la propriété des niveaux clés : réserves stratégiques, émission de stablecoins, garde et délivrance de licences d’échange. Les règles dans les principales juridictions deviennent plus strictes, la concentration du marché s’accroît, et les barrières à l’entrée se renforcent.
Certaines choses sont désormais établies : Bitcoin est une réserve, non plus un produit illicite. Les stablecoins sont des produits autorisés, plus des orphelins réglementaires. La feuille de route d’Ethereum pour la scalabilité est devenue une réalité concrète, pas une promesse. Les ETF sont un mécanisme de distribution pour les institutions, pas une exception réglementaire.
Mais des questions plus difficiles restent sans réponse : lorsque la liquidité des stablecoins atteindra le niveau des réseaux de cartes de crédit, comment la régulation pourra-t-elle s’adapter ? Comment la valeur cryptographique sera-t-elle répartie entre la couche de base, les rollups, les custodians et les fournisseurs de services ? Si les plateformes non autorisées ne peuvent pas efficacement lutter contre la criminalité à l’échelle industrielle, peuvent-elles encore survivre sans dévier de leur raison d’être ?
Les réponses à ces questions détermineront la trajectoire du développement de la cryptomonnaie dans les cinq prochaines années — si elle suivra le chemin de l’Internet naissant, avec une ouverture initiale qui se centralise, ou si elle évoluera vers une forme plus complexe : une lutte entre États, banques et protocoles décentralisés pour la même liquidité, où flux de capitaux et utilisateurs se dirigeront vers ceux qui offrent le moins de résistance et la plus grande certitude légale.
Ce qui est certain, c’est qu’en 2025, la croyance selon laquelle la cryptomonnaie peut rester à la fois non réglementée, non autorisée et systématiquement importante est terminée. La seule question qui reste est : laquelle de ces trois conditions cédera en premier.