Le taux de natalité total de 0,72 en Corée du Sud indique un changement majeur dans le transfert de patrimoine intergénérationnel et une refonte des stratégies d'investissement
Nous sommes à un carrefour historique de transformations multiples. Les trois piliers qui ont soutenu l’économie mondiale au cours des 40 dernières années — le bonus démographique, la division du travail favorisée par la mondialisation, et les progrès technologiques universels — connaissent simultanément une transformation structurelle. Il ne s’agit pas d’un avertissement de crise, mais d’une réalité que les investisseurs doivent affronter directement. En particulier, la baisse du taux de fécondité total en Corée du Sud, qui a chuté à seulement 0,72, n’est pas une simple statistique nationale, mais suggère une tectonique mondiale de l’économie. Les dix prochaines années (2026-2035) seront une période de reconstruction fondamentale des structures de richesse et des stratégies d’investissement.
La crise profonde de la structure sociale révélée par la « grève de la natalité »
Commençons par analyser les données choquantes de la Corée du Sud. En 2023, le taux de fécondité total est de 0,72 — cela signifie qu’en moyenne, une femme ne donne naissance qu’à 0,72 enfant au cours de sa vie. Ce chiffre dépasse largement la fluctuation normale de la population, indiquant que les fondations sociales sont en train de vaciller.
La situation est tout aussi grave au Japon voisin. On prévoit que le nombre de naissances en 2025 sera inférieur à 670 000, un niveau jamais atteint depuis le début des statistiques en 1899. La vitesse de déclin, dépassant même les prévisions gouvernementales les plus pessimistes, témoigne de la radicalité de ce phénomène.
Derrière cela se trouve le mouvement social « 4B » en Corée — « ne pas se marier, ne pas avoir d’enfants, ne pas tomber amoureux, ne pas avoir de relations sexuelles ». Cela peut sembler sortir d’un roman de science-fiction, mais c’est la réalité. L’essence de ce mouvement est une « grève de la reproduction » contre le capitalisme patriarcal. Sous la pression multiple du sexisme au travail, de la répartition injuste des charges parentales, et des stéréotypes sociaux, les jeunes femmes ont rationnellement choisi de « couper la descendance ».
Les conséquences sont dévastatrices. La vitesse de vieillissement en Corée est la plus rapide au monde, avec une projection que d’ici 2065, la moitié de la population aura plus de 65 ans. Cela impactera non seulement le système de retraite, mais aussi la composition des forces armées et la défense nationale.
Au Japon, les jeunes sont entrés dans un état de « faible désir » : ils ne veulent ni se marier ni avoir d’enfants, et ont perdu la croyance autrefois répandue selon laquelle « l’effort mène à la prospérité ». Ce qu’ils recherchent, c’est une satisfaction personnelle à faible coût — une vision de vie « allongée » à la manière bouddhiste.
Les pays occidentaux avancés ne sont pas épargnés — la propagation de « l’agnosticisme économique »
Ce phénomène n’est pas spécifique à l’Asie de l’Est. Dans les pays occidentaux avancés, la même tendance démographique progresse, avec des raisons différentes, mais des résultats similaires.
La génération née dans les années 2000, la « génération Z », est enveloppée dans un « nihilisme économique » profond. Elle a vécu directement la crise financière de 2008, la politique de relance quantitative illimitée en 2020, puis la forte inflation qui a suivi. Peu importe leurs efforts, ils ressentent que le « rêve américain » ou le mode de vie de la classe moyenne leur est inaccessible. La hausse des prix de l’immobilier rend l’achat d’une maison désespérant pour beaucoup.
Lorsque le modèle traditionnel de « posséder une maison, une voiture, fonder une famille » devient inaccessible, les jeunes se tournent naturellement vers « profiter du moment » ou investissent dans des actifs cryptographiques à haut risque, cherchant à « changer leur vie ».
Avoir des enfants devient pour eux un projet typique de « forte dépense, long terme, faible rendement immédiat ». En tant que calcul économique rationnel, cela est naturellement exclu de leur planification de vie.
De plus, « l’angoisse climatique » influence fortement leurs décisions. Beaucoup de jeunes occidentaux considèrent la procréation comme « une action immorale, consistant à apporter une nouvelle vie dans un monde voué à l’épuisement », ce qui dépasse la simple considération économique, reflétant une profonde réflexion éthique.
Le transfert intergénérationnel d’actifs de 84 trillions de dollars — la montée accélérée vers les actifs numériques
Comprendre cette tendance à la « réduction démographique active » permet d’anticiper le plus grand événement de ces dix prochaines années : la plus vaste redistribution intergénérationnelle d’actifs de l’histoire humaine.
Sur vingt ans, notamment entre 2026 et 2035, environ 84 trillions de dollars de richesse seront transférés des baby-boomers vers les générations milléniales et Z. Il ne s’agit pas simplement d’un transfert monétaire, mais d’une transformation de la « nature » du capital.
Les actifs des baby-boomers sont principalement concentrés dans l’immobilier, les actions blue-chip et les régimes de retraite traditionnels, avec une forte croyance dans la « détention à long terme » et « l’investissement de valeur ». En revanche, la génération née dans les années 2000 est « digital native », ayant grandi dans un contexte d’Internet, de crise financière et de bulles d’actifs. Vont-ils suivre la logique d’investissement de leurs parents ?
La réponse est très probablement « non ». Une part énorme de ces fonds sera dirigée vers les actifs numériques, notamment les cryptomonnaies et les investissements alternatifs, alimentant la montée de ces classes d’actifs. Cela s’inscrit parfaitement dans la logique de « nihilisme économique » évoquée plus haut.
Trois raisons du choix des actifs numériques
La méfiance envers le système financier traditionnel
Les générations nées dans les années 2000 ont été témoins directs de la crise de 2008. Elles constatent que la monnaie fiduciaire perd continuellement de la valeur, que le système bancaire traditionnel est inefficace et manipulé par une minorité. Les actifs numériques décentralisés comme le Bitcoin jouent un rôle non seulement d’investissement, mais aussi de « refuge » et de « protestation silencieuse ».
La difficulté d’accéder à l’immobilier et la recherche d’alternatives
L’envolée des prix immobiliers et les prévisions de déclin démographique rendent la conservation à long terme de l’immobilier incertaine. Les jeunes se tournent vers des actifs numériques, plus liquides, avec des barrières d’entrée faibles et un potentiel de croissance explosive.
La soif de risque élevé et la quête de gains rapides
Les jeunes ne se satisfont plus d’un rendement annuel de 4-5 %. La proportion d’adoption des cryptomonnaies chez les jeunes est trois fois plus élevée que chez leurs parents, avec une tendance spéculative accrue. La mentalité « tout ou rien » — tout miser sur la vie — façonnera la volatilité du marché dans la prochaine décennie.
La dédollarisation et l’essor des actifs numériques — vers une nouvelle architecture financière
Sous l’effet de cette redistribution intergénérationnelle, la décennie 2026-2035 sera celle de la dédollarisation croissante et de la généralisation des actifs numériques. Cette tendance n’est pas seulement géopolitique, mais profondément ancrée dans les préférences d’investissement des jeunes.
La dette américaine entre dans une phase de croissance exponentielle insoutenable. La Fed sera contrainte, à terme, de monétiser massivement le déficit budgétaire, ce qui entraînera une perte de confiance dans le dollar mondial.
Les banques centrales du monde considèrent d’abord l’or comme la première réserve alternative. Mais pour les jeunes investisseurs, notamment ceux qui détiennent d’importants capitaux, le Bitcoin et les stablecoins deviennent le « or numérique » et le « dollar numérique ». Ils y voient non seulement un outil spéculatif, mais aussi une « arche de Noé » contre la dévaluation du fiat.
Par ailleurs, la tendance à la « tokenisation » des actifs réels (RWA) va s’accélérer. Les jeunes préfèrent des transactions fragmentées, 24h/24, sur des actifs comme l’immobilier, l’art ou les obligations d’État, en blockchain. Cela augmente la liquidité des actifs et redéfinit la propriété — « ma clé privée, ma propriété » — correspondant à la nouvelle définition de la propriété pour la génération Z. Ce sera l’une des plus importantes améliorations de l’infrastructure financière dans la décennie à venir, démocratisant l’accès à des actifs autrefois réservés à une élite.
L’effet « Cantillon technologique » — la distribution inégale de la richesse dans l’ère de l’IA
L’avancée irréversible de l’IA et des robots est une réalité. Cependant, il existe une confusion : celle selon laquelle le progrès technologique profite automatiquement à tous. La vague d’IA de 2026-2035 risque d’aggraver les inégalités sociales. Appelons cela « l’effet Cantillon technologique ».
Dans l’effet Cantillon classique, la nouvelle monnaie imprimée profite d’abord à ceux qui la détiennent — ceux proches de la machine à imprimer —, et ceux qui la reçoivent en dernier subissent la hausse des prix. La logique est la même pour l’ère de l’IA.
Les ressources clés de production de l’IA sont la puissance de calcul, les données et les modèles algorithmiques, qui sont extrêmement coûteux et concentrés entre les mains de quelques géants technologiques ou investisseurs précoces. La majorité du grand public ne pourra pas en posséder.
Lorsque l’IA augmente fortement la productivité, la richesse créée apparaît d’abord sous forme de profits accrus pour les entreprises technologiques ou de hausses boursières spectaculaires. Les actionnaires et dirigeants de ces entreprises, « proches de la machine à impression », en profiteront en premier.
Pour le travailleur ordinaire, l’IA ne sera pas une bénédiction, mais un « concurrent ». Même si les salaires nominaux augmentent, la hausse des prix des actifs (immobilier, actions, éducation, soins) ne suivra pas. La population générale devra supporter à la fois l’« effet déflationniste technologique » (pression sur les salaires) et l’« effet inflationniste des actifs » (augmentation des inégalités).
La stratégie d’investissement doit donc être claire : investir dans des entreprises possédant des robots, et couvrir la baisse des coûts de main-d’œuvre par des positions courtes sur la robotisation. Nous devons devenir actionnaires de la technologie, et non en devenir la « charge » remplacée par elle.
L’émergence des marchés de prédiction — la « gamification » des marchés financiers
Les turbulences macroéconomiques et les changements dans le comportement des jeunes investisseurs entraînent une transformation profonde des marchés financiers. La fonction traditionnelle de « découverte de valeur » s’affaiblit, remplacée par des « marchés de prédiction » où l’incertitude est couverte par des paris sur des événements.
Faites attention à des plateformes comme Polymarket ou Kalshi. Entre 2024 et 2025, ces marchés de prédiction ont connu une croissance explosive. Les utilisateurs peuvent miser de l’argent réel sur le résultat d’événements — élections américaines, baisse des taux par la Fed, conflits géopolitiques. Après l’approbation réglementaire, Kalshi a vu ses volumes de transactions exploser, représentant à un moment plus de 60 % du marché mondial.
Ce n’est pas simplement du jeu, mais un outil de couverture innovant pour les investisseurs institutionnels. Contrairement aux outils traditionnels (or, obligations d’État), les marchés de prédiction permettent une couverture précise au niveau des événements. Leur prix reflète souvent mieux l’opinion publique que les sondages, incarnant la « sagesse des foules » en concentrant la véritable information monétaire. La maxime « l’argent détient la vérité » devient réalité.
Cependant, avec l’afflux de capitaux des marchés traditionnels vers ces marchés de prédiction, deux risques majeurs apparaissent.
Le premier est la « virtualisation financière » : les capitaux se dirigent vers des jeux à somme nulle, plutôt que vers des entreprises réelles. Si les jeunes réalisent que par rapport à l’analyse financière, parier sur un événement est plus rapide, la base de l’investissement de valeur sera encore plus fragilisée.
Le second est la « distorsion et la réflexivité de la réalité » : si la taille des marchés de prédiction devient trop grande, des capitaux massifs pourraient tenter d’influencer les résultats réels pour gagner — manipulation de l’opinion, diffusion de fausses informations. Cela pourrait transformer les marchés financiers en jouets de la réalité, où la « vérité » devient une variable manipulée par le capital.
La stratégie d’allocation d’actifs 2026-2035 — une approche extrême d’équilibre
En se basant sur cette analyse, voici une proposition centrale pour l’allocation d’actifs dans la prochaine décennie. La diversification classique ne suffit plus. Il faut une « stratégie d’équilibre extrême ».
Côté offensif, il faut accepter la « domination technologique » et la « rareté numérique ».
Premièrement, investir dans les bénéficiaires de l’« effet Cantillon technologique » : concentrer en actions, en contrôlant les grandes entreprises technologiques détenant la puissance de calcul, les données privées et les grands modèles d’IA. Dans un contexte où le « gagnant prend tout » de l’ère de l’IA, la survie des entreprises secondaires sera comprimée.
Ensuite, miser sur la « rareté numérique » : le Bitcoin (actuellement 68 410 $, avec une variation de -0,97 % en 24h) est une réserve essentielle contre la dévaluation des monnaies fiat, et doit occuper une place centrale dans un portefeuille d’investissement de croissance. À mesure que la génération Z acquiert une influence croissante sur la richesse, les actifs numériques bénéficieront d’un premium de liquidité.
Par ailleurs, rechercher dans les marchés émergents un « reliquat de bonus démographique ». Éviter l’Asie de l’Est, privilégier l’Inde ou l’Asie du Sud-Est, mais avec une analyse prudente des capacités d’infrastructure et de stabilité politique.
Côté défensif, il faut couvrir le « chaos » et les « risques événementiels ».
Les investisseurs institutionnels doivent établir des stratégies spécifiques via des plateformes réglementées comme Kalshi pour se prémunir contre des risques géopolitiques ou de politiques soudaines.
Les actifs réels restent cruciaux. Face au désintérêt des jeunes pour l’immobilier, les bonnes propriétés dans les grandes villes et les terrains dans des zones à forte valeur stratégique conserveront leur valeur, en tant qu’actifs refuges face à la stagnation de l’offre et à l’évacuation par « l’ancienne richesse ». Il faut cependant faire attention aux risques de taxation immobilière, et privilégier les régions où l’offre foncière est très limitée.
Enfin, l’or demeure une réserve de dernière instance, en tant que « non-politicisé » et couverture contre la crise de la dette souveraine.
Actifs à éviter
Les services à faible coût, fortement dépendants de la main-d’œuvre, seront confrontés à une double pression : hausse des coûts salariaux et remplacement par l’IA, ce qui mettra en difficulté leur rentabilité.
Les actions traditionnelles dépendant de la croissance démographique, comme celles des biens de consommation liés à la famille ou à la mode grand public, sont également à risque. Dans une société d’« agnèsie démographique active », leur logique de croissance s’effondrera, et ces secteurs seront confrontés à un déclin à long terme.
Conclusion — Comment faire face à cette grande transformation
La période 2026-2035 sera celle d’un « grand tri » difficile. La capacité à percevoir la désespérance derrière le taux de natalité de 0,72 en Corée, la privation derrière l’effet Cantillon technologique, et le nihilisme derrière la virtualisation financière déterminera si l’on pourra préserver ou même accroître la richesse dans cette grande mutation.
Il n’existe plus de « bêta » universel dans le futur, seulement des « alpha » extrêmes. Dans ce nouveau monde, il faudra choisir : devenir actionnaire de la technologie, ou vainqueur d’un événement, ou simplement devenir un témoin de l’époque. La reconstruction de la stratégie d’investissement ne sera pas seulement une gestion financière, mais une capacité à lire et anticiper le changement de notre temps.
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Le taux de natalité total de 0,72 en Corée du Sud indique un changement majeur dans le transfert de patrimoine intergénérationnel et une refonte des stratégies d'investissement
Nous sommes à un carrefour historique de transformations multiples. Les trois piliers qui ont soutenu l’économie mondiale au cours des 40 dernières années — le bonus démographique, la division du travail favorisée par la mondialisation, et les progrès technologiques universels — connaissent simultanément une transformation structurelle. Il ne s’agit pas d’un avertissement de crise, mais d’une réalité que les investisseurs doivent affronter directement. En particulier, la baisse du taux de fécondité total en Corée du Sud, qui a chuté à seulement 0,72, n’est pas une simple statistique nationale, mais suggère une tectonique mondiale de l’économie. Les dix prochaines années (2026-2035) seront une période de reconstruction fondamentale des structures de richesse et des stratégies d’investissement.
La crise profonde de la structure sociale révélée par la « grève de la natalité »
Commençons par analyser les données choquantes de la Corée du Sud. En 2023, le taux de fécondité total est de 0,72 — cela signifie qu’en moyenne, une femme ne donne naissance qu’à 0,72 enfant au cours de sa vie. Ce chiffre dépasse largement la fluctuation normale de la population, indiquant que les fondations sociales sont en train de vaciller.
La situation est tout aussi grave au Japon voisin. On prévoit que le nombre de naissances en 2025 sera inférieur à 670 000, un niveau jamais atteint depuis le début des statistiques en 1899. La vitesse de déclin, dépassant même les prévisions gouvernementales les plus pessimistes, témoigne de la radicalité de ce phénomène.
Derrière cela se trouve le mouvement social « 4B » en Corée — « ne pas se marier, ne pas avoir d’enfants, ne pas tomber amoureux, ne pas avoir de relations sexuelles ». Cela peut sembler sortir d’un roman de science-fiction, mais c’est la réalité. L’essence de ce mouvement est une « grève de la reproduction » contre le capitalisme patriarcal. Sous la pression multiple du sexisme au travail, de la répartition injuste des charges parentales, et des stéréotypes sociaux, les jeunes femmes ont rationnellement choisi de « couper la descendance ».
Les conséquences sont dévastatrices. La vitesse de vieillissement en Corée est la plus rapide au monde, avec une projection que d’ici 2065, la moitié de la population aura plus de 65 ans. Cela impactera non seulement le système de retraite, mais aussi la composition des forces armées et la défense nationale.
Au Japon, les jeunes sont entrés dans un état de « faible désir » : ils ne veulent ni se marier ni avoir d’enfants, et ont perdu la croyance autrefois répandue selon laquelle « l’effort mène à la prospérité ». Ce qu’ils recherchent, c’est une satisfaction personnelle à faible coût — une vision de vie « allongée » à la manière bouddhiste.
Les pays occidentaux avancés ne sont pas épargnés — la propagation de « l’agnosticisme économique »
Ce phénomène n’est pas spécifique à l’Asie de l’Est. Dans les pays occidentaux avancés, la même tendance démographique progresse, avec des raisons différentes, mais des résultats similaires.
La génération née dans les années 2000, la « génération Z », est enveloppée dans un « nihilisme économique » profond. Elle a vécu directement la crise financière de 2008, la politique de relance quantitative illimitée en 2020, puis la forte inflation qui a suivi. Peu importe leurs efforts, ils ressentent que le « rêve américain » ou le mode de vie de la classe moyenne leur est inaccessible. La hausse des prix de l’immobilier rend l’achat d’une maison désespérant pour beaucoup.
Lorsque le modèle traditionnel de « posséder une maison, une voiture, fonder une famille » devient inaccessible, les jeunes se tournent naturellement vers « profiter du moment » ou investissent dans des actifs cryptographiques à haut risque, cherchant à « changer leur vie ».
Avoir des enfants devient pour eux un projet typique de « forte dépense, long terme, faible rendement immédiat ». En tant que calcul économique rationnel, cela est naturellement exclu de leur planification de vie.
De plus, « l’angoisse climatique » influence fortement leurs décisions. Beaucoup de jeunes occidentaux considèrent la procréation comme « une action immorale, consistant à apporter une nouvelle vie dans un monde voué à l’épuisement », ce qui dépasse la simple considération économique, reflétant une profonde réflexion éthique.
Le transfert intergénérationnel d’actifs de 84 trillions de dollars — la montée accélérée vers les actifs numériques
Comprendre cette tendance à la « réduction démographique active » permet d’anticiper le plus grand événement de ces dix prochaines années : la plus vaste redistribution intergénérationnelle d’actifs de l’histoire humaine.
Sur vingt ans, notamment entre 2026 et 2035, environ 84 trillions de dollars de richesse seront transférés des baby-boomers vers les générations milléniales et Z. Il ne s’agit pas simplement d’un transfert monétaire, mais d’une transformation de la « nature » du capital.
Les actifs des baby-boomers sont principalement concentrés dans l’immobilier, les actions blue-chip et les régimes de retraite traditionnels, avec une forte croyance dans la « détention à long terme » et « l’investissement de valeur ». En revanche, la génération née dans les années 2000 est « digital native », ayant grandi dans un contexte d’Internet, de crise financière et de bulles d’actifs. Vont-ils suivre la logique d’investissement de leurs parents ?
La réponse est très probablement « non ». Une part énorme de ces fonds sera dirigée vers les actifs numériques, notamment les cryptomonnaies et les investissements alternatifs, alimentant la montée de ces classes d’actifs. Cela s’inscrit parfaitement dans la logique de « nihilisme économique » évoquée plus haut.
Trois raisons du choix des actifs numériques
La méfiance envers le système financier traditionnel
Les générations nées dans les années 2000 ont été témoins directs de la crise de 2008. Elles constatent que la monnaie fiduciaire perd continuellement de la valeur, que le système bancaire traditionnel est inefficace et manipulé par une minorité. Les actifs numériques décentralisés comme le Bitcoin jouent un rôle non seulement d’investissement, mais aussi de « refuge » et de « protestation silencieuse ».
La difficulté d’accéder à l’immobilier et la recherche d’alternatives
L’envolée des prix immobiliers et les prévisions de déclin démographique rendent la conservation à long terme de l’immobilier incertaine. Les jeunes se tournent vers des actifs numériques, plus liquides, avec des barrières d’entrée faibles et un potentiel de croissance explosive.
La soif de risque élevé et la quête de gains rapides
Les jeunes ne se satisfont plus d’un rendement annuel de 4-5 %. La proportion d’adoption des cryptomonnaies chez les jeunes est trois fois plus élevée que chez leurs parents, avec une tendance spéculative accrue. La mentalité « tout ou rien » — tout miser sur la vie — façonnera la volatilité du marché dans la prochaine décennie.
La dédollarisation et l’essor des actifs numériques — vers une nouvelle architecture financière
Sous l’effet de cette redistribution intergénérationnelle, la décennie 2026-2035 sera celle de la dédollarisation croissante et de la généralisation des actifs numériques. Cette tendance n’est pas seulement géopolitique, mais profondément ancrée dans les préférences d’investissement des jeunes.
La dette américaine entre dans une phase de croissance exponentielle insoutenable. La Fed sera contrainte, à terme, de monétiser massivement le déficit budgétaire, ce qui entraînera une perte de confiance dans le dollar mondial.
Les banques centrales du monde considèrent d’abord l’or comme la première réserve alternative. Mais pour les jeunes investisseurs, notamment ceux qui détiennent d’importants capitaux, le Bitcoin et les stablecoins deviennent le « or numérique » et le « dollar numérique ». Ils y voient non seulement un outil spéculatif, mais aussi une « arche de Noé » contre la dévaluation du fiat.
Par ailleurs, la tendance à la « tokenisation » des actifs réels (RWA) va s’accélérer. Les jeunes préfèrent des transactions fragmentées, 24h/24, sur des actifs comme l’immobilier, l’art ou les obligations d’État, en blockchain. Cela augmente la liquidité des actifs et redéfinit la propriété — « ma clé privée, ma propriété » — correspondant à la nouvelle définition de la propriété pour la génération Z. Ce sera l’une des plus importantes améliorations de l’infrastructure financière dans la décennie à venir, démocratisant l’accès à des actifs autrefois réservés à une élite.
L’effet « Cantillon technologique » — la distribution inégale de la richesse dans l’ère de l’IA
L’avancée irréversible de l’IA et des robots est une réalité. Cependant, il existe une confusion : celle selon laquelle le progrès technologique profite automatiquement à tous. La vague d’IA de 2026-2035 risque d’aggraver les inégalités sociales. Appelons cela « l’effet Cantillon technologique ».
Dans l’effet Cantillon classique, la nouvelle monnaie imprimée profite d’abord à ceux qui la détiennent — ceux proches de la machine à imprimer —, et ceux qui la reçoivent en dernier subissent la hausse des prix. La logique est la même pour l’ère de l’IA.
Les ressources clés de production de l’IA sont la puissance de calcul, les données et les modèles algorithmiques, qui sont extrêmement coûteux et concentrés entre les mains de quelques géants technologiques ou investisseurs précoces. La majorité du grand public ne pourra pas en posséder.
Lorsque l’IA augmente fortement la productivité, la richesse créée apparaît d’abord sous forme de profits accrus pour les entreprises technologiques ou de hausses boursières spectaculaires. Les actionnaires et dirigeants de ces entreprises, « proches de la machine à impression », en profiteront en premier.
Pour le travailleur ordinaire, l’IA ne sera pas une bénédiction, mais un « concurrent ». Même si les salaires nominaux augmentent, la hausse des prix des actifs (immobilier, actions, éducation, soins) ne suivra pas. La population générale devra supporter à la fois l’« effet déflationniste technologique » (pression sur les salaires) et l’« effet inflationniste des actifs » (augmentation des inégalités).
La stratégie d’investissement doit donc être claire : investir dans des entreprises possédant des robots, et couvrir la baisse des coûts de main-d’œuvre par des positions courtes sur la robotisation. Nous devons devenir actionnaires de la technologie, et non en devenir la « charge » remplacée par elle.
L’émergence des marchés de prédiction — la « gamification » des marchés financiers
Les turbulences macroéconomiques et les changements dans le comportement des jeunes investisseurs entraînent une transformation profonde des marchés financiers. La fonction traditionnelle de « découverte de valeur » s’affaiblit, remplacée par des « marchés de prédiction » où l’incertitude est couverte par des paris sur des événements.
Faites attention à des plateformes comme Polymarket ou Kalshi. Entre 2024 et 2025, ces marchés de prédiction ont connu une croissance explosive. Les utilisateurs peuvent miser de l’argent réel sur le résultat d’événements — élections américaines, baisse des taux par la Fed, conflits géopolitiques. Après l’approbation réglementaire, Kalshi a vu ses volumes de transactions exploser, représentant à un moment plus de 60 % du marché mondial.
Ce n’est pas simplement du jeu, mais un outil de couverture innovant pour les investisseurs institutionnels. Contrairement aux outils traditionnels (or, obligations d’État), les marchés de prédiction permettent une couverture précise au niveau des événements. Leur prix reflète souvent mieux l’opinion publique que les sondages, incarnant la « sagesse des foules » en concentrant la véritable information monétaire. La maxime « l’argent détient la vérité » devient réalité.
Cependant, avec l’afflux de capitaux des marchés traditionnels vers ces marchés de prédiction, deux risques majeurs apparaissent.
Le premier est la « virtualisation financière » : les capitaux se dirigent vers des jeux à somme nulle, plutôt que vers des entreprises réelles. Si les jeunes réalisent que par rapport à l’analyse financière, parier sur un événement est plus rapide, la base de l’investissement de valeur sera encore plus fragilisée.
Le second est la « distorsion et la réflexivité de la réalité » : si la taille des marchés de prédiction devient trop grande, des capitaux massifs pourraient tenter d’influencer les résultats réels pour gagner — manipulation de l’opinion, diffusion de fausses informations. Cela pourrait transformer les marchés financiers en jouets de la réalité, où la « vérité » devient une variable manipulée par le capital.
La stratégie d’allocation d’actifs 2026-2035 — une approche extrême d’équilibre
En se basant sur cette analyse, voici une proposition centrale pour l’allocation d’actifs dans la prochaine décennie. La diversification classique ne suffit plus. Il faut une « stratégie d’équilibre extrême ».
Côté offensif, il faut accepter la « domination technologique » et la « rareté numérique ».
Premièrement, investir dans les bénéficiaires de l’« effet Cantillon technologique » : concentrer en actions, en contrôlant les grandes entreprises technologiques détenant la puissance de calcul, les données privées et les grands modèles d’IA. Dans un contexte où le « gagnant prend tout » de l’ère de l’IA, la survie des entreprises secondaires sera comprimée.
Ensuite, miser sur la « rareté numérique » : le Bitcoin (actuellement 68 410 $, avec une variation de -0,97 % en 24h) est une réserve essentielle contre la dévaluation des monnaies fiat, et doit occuper une place centrale dans un portefeuille d’investissement de croissance. À mesure que la génération Z acquiert une influence croissante sur la richesse, les actifs numériques bénéficieront d’un premium de liquidité.
Par ailleurs, rechercher dans les marchés émergents un « reliquat de bonus démographique ». Éviter l’Asie de l’Est, privilégier l’Inde ou l’Asie du Sud-Est, mais avec une analyse prudente des capacités d’infrastructure et de stabilité politique.
Côté défensif, il faut couvrir le « chaos » et les « risques événementiels ».
Les investisseurs institutionnels doivent établir des stratégies spécifiques via des plateformes réglementées comme Kalshi pour se prémunir contre des risques géopolitiques ou de politiques soudaines.
Les actifs réels restent cruciaux. Face au désintérêt des jeunes pour l’immobilier, les bonnes propriétés dans les grandes villes et les terrains dans des zones à forte valeur stratégique conserveront leur valeur, en tant qu’actifs refuges face à la stagnation de l’offre et à l’évacuation par « l’ancienne richesse ». Il faut cependant faire attention aux risques de taxation immobilière, et privilégier les régions où l’offre foncière est très limitée.
Enfin, l’or demeure une réserve de dernière instance, en tant que « non-politicisé » et couverture contre la crise de la dette souveraine.
Actifs à éviter
Les services à faible coût, fortement dépendants de la main-d’œuvre, seront confrontés à une double pression : hausse des coûts salariaux et remplacement par l’IA, ce qui mettra en difficulté leur rentabilité.
Les actions traditionnelles dépendant de la croissance démographique, comme celles des biens de consommation liés à la famille ou à la mode grand public, sont également à risque. Dans une société d’« agnèsie démographique active », leur logique de croissance s’effondrera, et ces secteurs seront confrontés à un déclin à long terme.
Conclusion — Comment faire face à cette grande transformation
La période 2026-2035 sera celle d’un « grand tri » difficile. La capacité à percevoir la désespérance derrière le taux de natalité de 0,72 en Corée, la privation derrière l’effet Cantillon technologique, et le nihilisme derrière la virtualisation financière déterminera si l’on pourra préserver ou même accroître la richesse dans cette grande mutation.
Il n’existe plus de « bêta » universel dans le futur, seulement des « alpha » extrêmes. Dans ce nouveau monde, il faudra choisir : devenir actionnaire de la technologie, ou vainqueur d’un événement, ou simplement devenir un témoin de l’époque. La reconstruction de la stratégie d’investissement ne sera pas seulement une gestion financière, mais une capacité à lire et anticiper le changement de notre temps.