Dans le paysage de l’opinion publique sur les cryptomonnaies, les market makers semblent toujours occuper le sommet de la chaîne alimentaire. Ils sont considérés comme des « gagnants systémiques » aux côtés des exchanges, imaginés comme des « pompes à liquide » qui ne prennent pas de risques directionnels mais qui tirent profit de chaque fluctuation du marché.
Cependant, lorsque vous pénétrez réellement dans cette industrie, vous découvrez un autre tableau, plus cruel : certains font faillite du jour au lendemain lors de marchés extrêmes, d’autres quittent la scène après une erreur de gestion des risques ponctuelle, et beaucoup, face à une réduction drastique des profits, à l’échec des guerres de prix et à la rareté d’actifs de qualité, sont contraints de reconstruire tout leur modèle commercial.
Les jours des market makers en cryptomonnaies ne sont pas aussi brillants qu’on pourrait le penser.
Au cours des deux dernières années, cette industrie a connu un nettoyage silencieux mais sanglant. Avec la baisse des profits exorbitants, le resserrement des règles, la capacité de conformité, le système de gestion des risques et l’accumulation technologique ont remplacé l’audace et les opérations à la GrayScale, devenant ainsi de nouveaux seuils de survie. Ce n’est plus un jeu où « celui qui a le plus de courage gagne », mais une compétition de survie à long terme, professionnelle, avec une tolérance aux erreurs très faible.
Lors d’entretiens approfondis avec plusieurs des principaux market makers, un consensus clair a émergé : les market makers cryptographiques d’aujourd’hui ne sont plus simplement des « fournisseurs de liquidité », mais évoluent vers une forme hybride combinant « investisseurs du marché secondaire + gestionnaires de risques + infrastructure ».
Lorsque la marée se retire, la concurrence devient rationnelle, tous les risques sont exposés, qui quitte la scène ? Qui peut rester à la table ?
De « l’arbitrage de braconnier » à une « institutionnalisation avancée »
Si l’on remonte à 2017, il était presque impossible de parler de « market maker cryptographique » dans sa forme moderne.
À cette époque, le market making ressemblait davantage à une fête d’arbitrage gris. Emprunter des tokens, faire tomber les prix, racheter, rendre les tokens… Lors des périodes de forte liquidité, on déversait des jetons, lors des phases longues, on accumulait lentement. La frontière entre exchanges, projets et market makers était extrêmement floue, et des manipulations de prix ou des transactions fictives, considérées comme des crimes dans la finance traditionnelle, étaient monnaie courante.
Mais le temps élimine impitoyablement ce modèle.
Le consensus parmi plusieurs interviewés est que, en 2017, les market makers s’appuyaient sur leur audace et l’asymétrie d’informations ; aujourd’hui, ils s’appuient sur des systèmes, la gestion des risques et la conformité.
Le changement fondamental ne réside pas simplement dans une « mise à niveau des méthodes », mais dans une transformation structurelle profonde du secteur. Autrefois, respecter les règles était une question de morale ; aujourd’hui, c’est une question de survie.
Joesph, associé chez Klein Labs, révèle que toutes ses activités actuelles doivent s’articuler autour de « l’auditabilité ». La normalisation des contrats, l’audit financier, le détail des transactions, la livraison de rapports sont passés d’« options » à « configurations par défaut ». À cette fin, le coût de conformité représente désormais entre 30 % et 50 % des dépenses opérationnelles totales.
Avec l’accélération de la conformité des exchanges, la transparence des financements des projets, et la narration réglementaire devenue dominante, la logique de survie des market makers doit être repensée. Le modèle de « manipulation en boîte noire + orientation résultats » du passé est en train d’être systématiquement éliminé.
Un signal évident est que de plus en plus de market makers intègrent « Regulation First » (Conformité d’abord) dans leur discours de marque, sans plus l’éviter.
Le rôle évolue également de manière profonde. À l’époque de la braconnage, le market maker n’était qu’un exécutant, le projet fournissant des fonds et des tokens, le market maker se chargeant de la liquidité. Aujourd’hui, il ressemble davantage à un co-investisseur.
« La décision d’accepter un projet ne relève plus seulement d’une évaluation, mais ressemble à une décision d’investissement. La solidité du projet, sa structure de circulation, la configuration de l’échange, la volatilité, tout est quantifié à l’avance », explique Joesph. « Les projets dont la capitalisation ne dépasse pas 1000e place n’ont peut-être même pas le droit de discuter. »
La raison est simple. Un projet de mauvaise qualité peut absorber toute une année de budget de risque d’un market maker. En ce sens, le market making n’est plus une simple « activité de service » mais un jeu à long terme autour de l’exposition au risque.
Bien sûr, l’arbitrage de braconnier n’a pas disparu complètement, mais il est marginalisé.
Dans l’ombre de l’industrie, des opérations à haut risque et à forte zone grise existent encore, mais leur échelle devient de plus en plus difficile à maintenir, leur espace de survie se réduit. Lorsque les exchanges, les projets et le sentiment du marché privilégient une « liquidité stable », les acteurs qui ne respectent pas les règles deviennent eux-mêmes un risque systémique.
Dans le domaine actuel du market making cryptographique, « respecter les règles » devient pour la première fois un avantage concurrentiel central, plutôt qu’une contrainte morale.
Les profits exorbitants disparaissent
Comparé au précédent marché haussier, le budget des projets pour les market makers a été considérablement réduit. « Selon les données, certains projets ont réduit leur budget Token de 50 % par rapport à la dernière fois », indique Vicent, directeur technique de Kronos Labs.
Mais ce n’est pas seulement une question de « réduction de budget », la véritable force motrice provient de l’évolution de la mentalité des parties prenantes.
Les projets ont considérablement amélioré leur compréhension du métier de market maker. Ils commencent à connaître la marge de profit, ne se contentent plus de promesses floues de liquidité, mais exigent des KPI quantifiables, une logique claire de livraison, et une explication approfondie de l’efficacité de chaque utilisation de fonds.
En résumé, moins de fonds, mais des exigences plus élevées.
Face à cette pression, les principaux market makers ne se lancent pas aveuglément dans la guerre des prix. Vicent souligne que le market making est un secteur qui mise sur le système, la gestion des risques et l’expérience. Si les prix tombent en dessous du coût de couverture des risques, ce n’est pas la profitabilité qui est en danger, mais leur survie. Ainsi, lorsque le ratio risque/rendement devient déséquilibré, ils préfèrent abandonner.
Cela signifie que le marché n’a pas été complètement détruit par les « acteurs à bas prix », mais a plutôt sélectionné une poignée de survivants qui respectent leurs limites.
Une autre tendance actuelle est la rareté des clients de qualité, tandis que les projets à longue traîne ne génèrent pas de profits.
Reele, d’ATH-Labs, déclare : « Les projets ayant une réelle valeur de market making sont bien moins nombreux que le nombre de market makers sur le marché. » Beaucoup de projets à longue traîne, en raison d’un manque de profondeur ou de risques d’arbitrage, même s’ils remplissent les indicateurs de market making, ont du mal à générer des revenus durables.
Cela crée une situation typique de « trop de prétendants, peu de ressources » : les market makers de premier plan se concentrent sur les projets de qualité, tandis que les petites équipes doivent se battre dans des projets marginaux, à faible profit et à risque élevé.
Dans ce contexte, le market making évolue d’un simple « centre de profit » à une « porte d’entrée relationnelle ». Beaucoup considèrent le market making comme un levier pour obtenir une coopération à long terme, pour accéder à la gestion de trésorerie, au trading OTC, aux produits structurés, voire devenir conseiller en marché secondaire ou gestionnaire d’actifs.
En d’autres termes, la véritable rentabilité ne réside plus dans les « frais de market making », mais dans la structuration ultérieure. Cela explique pourquoi de nombreux market makers encore actifs étendent également leurs activités d’investissement, de gestion d’actifs ou de conseil, non pas par une simple diversification, mais pour « prolonger la vie » d’un secteur principal déjà comprimé.
Restructuration sectorielle : la division de la table
Lors du précédent cycle, la compétition entre market makers se déroulait principalement sur la même table, avec les mêmes exchanges, les mêmes produits, et les mêmes indicateurs de liquidité.
Mais cette année, cette table est en train d’être divisée.
L’émergence de nouvelles voies comme le market making on-chain, les dérivés, la tokenisation d’actions, modifie systématiquement la configuration concurrentielle des market makers.
Au niveau narratif, le market making on-chain est souvent associé à « l’ouverture, la décentralisation », mais dans la pratique, ses barrières ne baissent pas, elles augmentent. L’incertitude sur la véritable liquidité, les limites de l’environnement d’exécution, et les risques liés aux smart contracts, en font une compétence totalement différente, et non une simple réduction de dimension.
Comparé au market making on-chain, le market making sur dérivés présente des caractéristiques opposées. Son seuil d’entrée est élevé, mais une fois stabilisé, il offre une barrière protectrice très profonde.
Dans le domaine des dérivés, le marché des contrats impose des exigences extrêmes en gestion des risques et des positions, ce qui favorise naturellement les acteurs institutionnels disposant de plus de capital, d’expérience en gestion des risques et d’un système plus mature. Sur cette voie, de nouveaux entrants ont des chances, mais leur tolérance aux erreurs est très faible.
Quant à la tokenisation d’actions, souvent vue comme un pont vers la finance traditionnelle, elle en est encore à ses débuts dans le market making. La complexité des stratégies de couverture et de livraison constitue un obstacle majeur, et la majorité des market makers adoptent une attitude prudente, privilégiant la recherche.
En résumé, c’est une voie à fort potentiel, mais dont le modèle de market making n’est pas encore stabilisé.
Selon Reele, ces nouvelles voies de market making ne sont pas seulement en train de remodeler la structure du secteur, mais aussi de constituer une source de pression pour leur innovation. Bien que la clientèle ait diminué, il faut rapidement s’adapter aux nouvelles tendances du marché et proposer de meilleures stratégies aux projets.
« L’industrie du market making évolue d’un ‘marché unifié’ vers une ‘écologie multi-voie’ structurée. La compétition entre market makers passe d’une ‘course à l’homogénéité’ à une différenciation des capacités à travers plusieurs voies », indique Reele.
Les murailles du marché cryptographique
Lorsque les profits exorbitants diminuent, que les rôles évoluent, et que les voies se différencient, une réalité devient de plus en plus claire : la compétition entre market makers ne consiste plus à savoir « qui est le plus agressif », mais « qui fait le moins d’erreurs ».
À ce stade, la véritable différence ne réside pas dans un avantage unique, mais dans un ensemble de capacités systémiques difficiles à reproduire.
Ces capacités incluent un système de trading stable, une gestion rigoureuse des risques, une forte capacité de recherche, la conformité et l’auditabilité, qui ensemble forment la confiance dans le secteur du market making cryptographique.
Joesph révèle que le coût de crédit et de conformité pour construire cette confiance est aujourd’hui le poste de dépense le plus important. Bien que le marché du market making cryptographique soit déjà très concurrentiel, pour un novice, établir une réputation et faire face aux risques reste un défi, même face aux acteurs établis.
Le grand nettoyage du marché cryptographique du 11 octobre 2025 en est une preuve. Vicent indique que cet incident a montré que la vitesse de transmission des effets de levier et de liquidation dépasse désormais largement celle des mécanismes traditionnels de gestion des risques ; le secteur se divise rapidement, et les équipes avec une infrastructure ou une gestion des risques insuffisantes seront éliminées. Le marché tend vers une concentration accrue et une plus grande institutionnalisation.
« Aujourd’hui, le market making est une véritable ingénierie systémique. Ce qui survivra à long terme, ce ne sont pas ceux qui ont évité une seule crise, mais ceux qui ont anticipé la possibilité d’un nettoyage et s’y sont préparés », affirme Vicent.
En résumé, la véritable barrière du secteur est d’éviter à plusieurs moments clés de commettre des erreurs fatales. Cela donne un résultat contre-intuitif : les market makers les plus performants sont ceux qui sont les plus prudents, les plus systématiques et les plus structurés.
Lorsque le marché entre dans une phase de compétition intense et de systématisation des risques, le market making cryptographique n’est plus un « arbitrage marginal », mais un rôle fondamental et hautement contraint dans le système financier cryptographique.
Sa logique de survie s’approche de celle de la finance traditionnelle, opérant avec la précision des géants du trading haute fréquence de Wall Street, mais dans un environnement 7x24h, sans arrêt, avec une volatilité dix fois supérieure à celle du Nasdaq, dans une « forêt sombre » où la survie dépend de l’adaptation constante.
Ce n’est pas seulement un retour à la finance traditionnelle, mais une véritable évolution des espèces dans un environnement extrême.
Voir l'original
Cette page peut inclure du contenu de tiers fourni à des fins d'information uniquement. Gate ne garantit ni l'exactitude ni la validité de ces contenus, n’endosse pas les opinions exprimées, et ne fournit aucun conseil financier ou professionnel à travers ces informations. Voir la section Avertissement pour plus de détails.
Adieu la jungle, les market makers en cryptomonnaie célèbrent leur « rite de passage »
Rédigé par : Ada, Deep Tide TechFlow
Dans le paysage de l’opinion publique sur les cryptomonnaies, les market makers semblent toujours occuper le sommet de la chaîne alimentaire. Ils sont considérés comme des « gagnants systémiques » aux côtés des exchanges, imaginés comme des « pompes à liquide » qui ne prennent pas de risques directionnels mais qui tirent profit de chaque fluctuation du marché.
Cependant, lorsque vous pénétrez réellement dans cette industrie, vous découvrez un autre tableau, plus cruel : certains font faillite du jour au lendemain lors de marchés extrêmes, d’autres quittent la scène après une erreur de gestion des risques ponctuelle, et beaucoup, face à une réduction drastique des profits, à l’échec des guerres de prix et à la rareté d’actifs de qualité, sont contraints de reconstruire tout leur modèle commercial.
Les jours des market makers en cryptomonnaies ne sont pas aussi brillants qu’on pourrait le penser.
Au cours des deux dernières années, cette industrie a connu un nettoyage silencieux mais sanglant. Avec la baisse des profits exorbitants, le resserrement des règles, la capacité de conformité, le système de gestion des risques et l’accumulation technologique ont remplacé l’audace et les opérations à la GrayScale, devenant ainsi de nouveaux seuils de survie. Ce n’est plus un jeu où « celui qui a le plus de courage gagne », mais une compétition de survie à long terme, professionnelle, avec une tolérance aux erreurs très faible.
Lors d’entretiens approfondis avec plusieurs des principaux market makers, un consensus clair a émergé : les market makers cryptographiques d’aujourd’hui ne sont plus simplement des « fournisseurs de liquidité », mais évoluent vers une forme hybride combinant « investisseurs du marché secondaire + gestionnaires de risques + infrastructure ».
Lorsque la marée se retire, la concurrence devient rationnelle, tous les risques sont exposés, qui quitte la scène ? Qui peut rester à la table ?
De « l’arbitrage de braconnier » à une « institutionnalisation avancée »
Si l’on remonte à 2017, il était presque impossible de parler de « market maker cryptographique » dans sa forme moderne.
À cette époque, le market making ressemblait davantage à une fête d’arbitrage gris. Emprunter des tokens, faire tomber les prix, racheter, rendre les tokens… Lors des périodes de forte liquidité, on déversait des jetons, lors des phases longues, on accumulait lentement. La frontière entre exchanges, projets et market makers était extrêmement floue, et des manipulations de prix ou des transactions fictives, considérées comme des crimes dans la finance traditionnelle, étaient monnaie courante.
Mais le temps élimine impitoyablement ce modèle.
Le consensus parmi plusieurs interviewés est que, en 2017, les market makers s’appuyaient sur leur audace et l’asymétrie d’informations ; aujourd’hui, ils s’appuient sur des systèmes, la gestion des risques et la conformité.
Le changement fondamental ne réside pas simplement dans une « mise à niveau des méthodes », mais dans une transformation structurelle profonde du secteur. Autrefois, respecter les règles était une question de morale ; aujourd’hui, c’est une question de survie.
Joesph, associé chez Klein Labs, révèle que toutes ses activités actuelles doivent s’articuler autour de « l’auditabilité ». La normalisation des contrats, l’audit financier, le détail des transactions, la livraison de rapports sont passés d’« options » à « configurations par défaut ». À cette fin, le coût de conformité représente désormais entre 30 % et 50 % des dépenses opérationnelles totales.
Avec l’accélération de la conformité des exchanges, la transparence des financements des projets, et la narration réglementaire devenue dominante, la logique de survie des market makers doit être repensée. Le modèle de « manipulation en boîte noire + orientation résultats » du passé est en train d’être systématiquement éliminé.
Un signal évident est que de plus en plus de market makers intègrent « Regulation First » (Conformité d’abord) dans leur discours de marque, sans plus l’éviter.
Le rôle évolue également de manière profonde. À l’époque de la braconnage, le market maker n’était qu’un exécutant, le projet fournissant des fonds et des tokens, le market maker se chargeant de la liquidité. Aujourd’hui, il ressemble davantage à un co-investisseur.
« La décision d’accepter un projet ne relève plus seulement d’une évaluation, mais ressemble à une décision d’investissement. La solidité du projet, sa structure de circulation, la configuration de l’échange, la volatilité, tout est quantifié à l’avance », explique Joesph. « Les projets dont la capitalisation ne dépasse pas 1000e place n’ont peut-être même pas le droit de discuter. »
La raison est simple. Un projet de mauvaise qualité peut absorber toute une année de budget de risque d’un market maker. En ce sens, le market making n’est plus une simple « activité de service » mais un jeu à long terme autour de l’exposition au risque.
Bien sûr, l’arbitrage de braconnier n’a pas disparu complètement, mais il est marginalisé.
Dans l’ombre de l’industrie, des opérations à haut risque et à forte zone grise existent encore, mais leur échelle devient de plus en plus difficile à maintenir, leur espace de survie se réduit. Lorsque les exchanges, les projets et le sentiment du marché privilégient une « liquidité stable », les acteurs qui ne respectent pas les règles deviennent eux-mêmes un risque systémique.
Dans le domaine actuel du market making cryptographique, « respecter les règles » devient pour la première fois un avantage concurrentiel central, plutôt qu’une contrainte morale.
Les profits exorbitants disparaissent
Comparé au précédent marché haussier, le budget des projets pour les market makers a été considérablement réduit. « Selon les données, certains projets ont réduit leur budget Token de 50 % par rapport à la dernière fois », indique Vicent, directeur technique de Kronos Labs.
Mais ce n’est pas seulement une question de « réduction de budget », la véritable force motrice provient de l’évolution de la mentalité des parties prenantes.
Les projets ont considérablement amélioré leur compréhension du métier de market maker. Ils commencent à connaître la marge de profit, ne se contentent plus de promesses floues de liquidité, mais exigent des KPI quantifiables, une logique claire de livraison, et une explication approfondie de l’efficacité de chaque utilisation de fonds.
En résumé, moins de fonds, mais des exigences plus élevées.
Face à cette pression, les principaux market makers ne se lancent pas aveuglément dans la guerre des prix. Vicent souligne que le market making est un secteur qui mise sur le système, la gestion des risques et l’expérience. Si les prix tombent en dessous du coût de couverture des risques, ce n’est pas la profitabilité qui est en danger, mais leur survie. Ainsi, lorsque le ratio risque/rendement devient déséquilibré, ils préfèrent abandonner.
Cela signifie que le marché n’a pas été complètement détruit par les « acteurs à bas prix », mais a plutôt sélectionné une poignée de survivants qui respectent leurs limites.
Une autre tendance actuelle est la rareté des clients de qualité, tandis que les projets à longue traîne ne génèrent pas de profits.
Reele, d’ATH-Labs, déclare : « Les projets ayant une réelle valeur de market making sont bien moins nombreux que le nombre de market makers sur le marché. » Beaucoup de projets à longue traîne, en raison d’un manque de profondeur ou de risques d’arbitrage, même s’ils remplissent les indicateurs de market making, ont du mal à générer des revenus durables.
Cela crée une situation typique de « trop de prétendants, peu de ressources » : les market makers de premier plan se concentrent sur les projets de qualité, tandis que les petites équipes doivent se battre dans des projets marginaux, à faible profit et à risque élevé.
Dans ce contexte, le market making évolue d’un simple « centre de profit » à une « porte d’entrée relationnelle ». Beaucoup considèrent le market making comme un levier pour obtenir une coopération à long terme, pour accéder à la gestion de trésorerie, au trading OTC, aux produits structurés, voire devenir conseiller en marché secondaire ou gestionnaire d’actifs.
En d’autres termes, la véritable rentabilité ne réside plus dans les « frais de market making », mais dans la structuration ultérieure. Cela explique pourquoi de nombreux market makers encore actifs étendent également leurs activités d’investissement, de gestion d’actifs ou de conseil, non pas par une simple diversification, mais pour « prolonger la vie » d’un secteur principal déjà comprimé.
Restructuration sectorielle : la division de la table
Lors du précédent cycle, la compétition entre market makers se déroulait principalement sur la même table, avec les mêmes exchanges, les mêmes produits, et les mêmes indicateurs de liquidité.
Mais cette année, cette table est en train d’être divisée.
L’émergence de nouvelles voies comme le market making on-chain, les dérivés, la tokenisation d’actions, modifie systématiquement la configuration concurrentielle des market makers.
Au niveau narratif, le market making on-chain est souvent associé à « l’ouverture, la décentralisation », mais dans la pratique, ses barrières ne baissent pas, elles augmentent. L’incertitude sur la véritable liquidité, les limites de l’environnement d’exécution, et les risques liés aux smart contracts, en font une compétence totalement différente, et non une simple réduction de dimension.
Comparé au market making on-chain, le market making sur dérivés présente des caractéristiques opposées. Son seuil d’entrée est élevé, mais une fois stabilisé, il offre une barrière protectrice très profonde.
Dans le domaine des dérivés, le marché des contrats impose des exigences extrêmes en gestion des risques et des positions, ce qui favorise naturellement les acteurs institutionnels disposant de plus de capital, d’expérience en gestion des risques et d’un système plus mature. Sur cette voie, de nouveaux entrants ont des chances, mais leur tolérance aux erreurs est très faible.
Quant à la tokenisation d’actions, souvent vue comme un pont vers la finance traditionnelle, elle en est encore à ses débuts dans le market making. La complexité des stratégies de couverture et de livraison constitue un obstacle majeur, et la majorité des market makers adoptent une attitude prudente, privilégiant la recherche.
En résumé, c’est une voie à fort potentiel, mais dont le modèle de market making n’est pas encore stabilisé.
Selon Reele, ces nouvelles voies de market making ne sont pas seulement en train de remodeler la structure du secteur, mais aussi de constituer une source de pression pour leur innovation. Bien que la clientèle ait diminué, il faut rapidement s’adapter aux nouvelles tendances du marché et proposer de meilleures stratégies aux projets.
« L’industrie du market making évolue d’un ‘marché unifié’ vers une ‘écologie multi-voie’ structurée. La compétition entre market makers passe d’une ‘course à l’homogénéité’ à une différenciation des capacités à travers plusieurs voies », indique Reele.
Les murailles du marché cryptographique
Lorsque les profits exorbitants diminuent, que les rôles évoluent, et que les voies se différencient, une réalité devient de plus en plus claire : la compétition entre market makers ne consiste plus à savoir « qui est le plus agressif », mais « qui fait le moins d’erreurs ».
À ce stade, la véritable différence ne réside pas dans un avantage unique, mais dans un ensemble de capacités systémiques difficiles à reproduire.
Ces capacités incluent un système de trading stable, une gestion rigoureuse des risques, une forte capacité de recherche, la conformité et l’auditabilité, qui ensemble forment la confiance dans le secteur du market making cryptographique.
Joesph révèle que le coût de crédit et de conformité pour construire cette confiance est aujourd’hui le poste de dépense le plus important. Bien que le marché du market making cryptographique soit déjà très concurrentiel, pour un novice, établir une réputation et faire face aux risques reste un défi, même face aux acteurs établis.
Le grand nettoyage du marché cryptographique du 11 octobre 2025 en est une preuve. Vicent indique que cet incident a montré que la vitesse de transmission des effets de levier et de liquidation dépasse désormais largement celle des mécanismes traditionnels de gestion des risques ; le secteur se divise rapidement, et les équipes avec une infrastructure ou une gestion des risques insuffisantes seront éliminées. Le marché tend vers une concentration accrue et une plus grande institutionnalisation.
« Aujourd’hui, le market making est une véritable ingénierie systémique. Ce qui survivra à long terme, ce ne sont pas ceux qui ont évité une seule crise, mais ceux qui ont anticipé la possibilité d’un nettoyage et s’y sont préparés », affirme Vicent.
En résumé, la véritable barrière du secteur est d’éviter à plusieurs moments clés de commettre des erreurs fatales. Cela donne un résultat contre-intuitif : les market makers les plus performants sont ceux qui sont les plus prudents, les plus systématiques et les plus structurés.
Lorsque le marché entre dans une phase de compétition intense et de systématisation des risques, le market making cryptographique n’est plus un « arbitrage marginal », mais un rôle fondamental et hautement contraint dans le système financier cryptographique.
Sa logique de survie s’approche de celle de la finance traditionnelle, opérant avec la précision des géants du trading haute fréquence de Wall Street, mais dans un environnement 7x24h, sans arrêt, avec une volatilité dix fois supérieure à celle du Nasdaq, dans une « forêt sombre » où la survie dépend de l’adaptation constante.
Ce n’est pas seulement un retour à la finance traditionnelle, mais une véritable évolution des espèces dans un environnement extrême.